<i>Email et pourri</i>, Céline Vaché-Olivieri, 2016
Email et pourri, Céline Vaché-Olivieri, 2016
I don’t know what tomorrow will bring
Céline Vaché-Olivieri

Exposition du 24 août au 9 septembre 2017

OÙ lieu d’expo­si­tion pour l’art actuel, Marseille
58 Rue Jean de Bernardy, 13001 Marseille
www.mar­seille­expos.com/blog/2016/12/12/ou-lieu-dex­po­si­tion-pour-lart-actuel-49/
Ouvert du jeudi au samedi de 16h à 19h

Évènement organisé pour Art-O-Rama, Paréidolie et #mar­seil­le­gallery­opening

Carte blanche au Centre d’art con­tem­po­rain Les Capucins, Embrun


Entretien entre Solenn Morel, direc­trice du centre d’art con­tem­po­rain Les Capucins, Embrun et Céline Vaché-Olivieri

Solenn Morel. Les titres que tu choisis pour tes expo­si­tions et tes pièces ne sont jamais anodins, on peut même dire qu’ils agis­sent comme un matériau à part entière des œuvres. Avec I DON’T KNOW WHAT TOMORROW WILL BRING, tu ne déroges pas à la règle : pour cette expo­si­tion, le lan­gage, par la matière mobile qu’il anime, a nourri l’ensemble des pièces présen­tées.

Céline Vaché-Olivieri. Oui, d’une manière générale, je tra­vaille tou­jours avec, à l’esprit, l’horizon verbal des choses. On nomme ce qu’on voit, on rentre dans le lan­gage qui est con­struit de champs séman­tiques variés. Il y a tou­jours plusieurs manières de ren­trer dans mon tra­vail et le lan­gage est l’une des ces pos­si­bil­ités.

SM. En pré­parant l’expo­si­tion avec toi, tu as très vite évoqué l’idée d’une ligne, forme première de l’écriture, comme métaphore du chem­ine­ment de la pensée. Comment cette idée a t-elle influ­encé cette expo­si­tion ?

CVO. Quand je tra­vaille, j’ai tou­jours des idées récur­rentes mais ce n’est pas le cas des matériaux, qui sont plutôt au ser­vice de ma pensée. J’ai tou­jours la sen­sa­tion de tirer un fil, que j’associe à une ligne. Quand je conçois des expo­si­tions per­son­nelles, je fais en sorte qu’il y ait une idée uni­fi­ca­trice et le fil s’est imposé cette fois. Un morceau du fil est donc présenté ici et l’idée est que je con­tinue à le tirer. C’est une partie d’une chose qui n’existe pas encore.

SM. Pour com­pléter cette idée de ligne, tu pour­rais peut-être revenir sur la pièce Lines story que tu as réal­isée spé­ciale­ment pour l’expo­si­tion.

CVO. Cette œuvre est con­sti­tuée de plusieurs lignes en céramique qui ont la pos­si­bilité d’être asso­ciées de dif­férentes manières selon les endroits où elle sera mon­trée. C’est une série ouverte, elle pourra ainsi s’agrandir. Elle est aussi liée aux graf­fitis, qui m’ont tou­jours intéressée. Dans le sens où ce sont des traces qui ne cessent d’être effacées, recou­vertes pour finale­ment réap­pa­raître sous une autre forme.

SM. Tu revendiques le fait que les choses dans ton tra­vail soient sou­vent en devenir, pour ne pas dire insta­bles. D’ailleurs tes pièces relèvent très sou­vent de l’agence­ment, d’un principe com­bi­na­toire. Elles se présen­tent sous une forme pour l’expo­si­tion et une autre pour un con­texte dif­férent.

CVO. Effectivement je ne cherche pas à figer mon tra­vail mais plutôt à le laisser dans une disponi­bilité en essayant de créer une ambiguïté par rap­port aux choses que l’on regarde. Comme par exemple, est-ce que l’on peut toucher ou s’asseoir sur telle pièce ? Je trouve que par rap­port à l’atti­tude du spec­ta­teur, ça l’engage plus, il doit prendre des déci­sions. Ça casse aussi un peu le côté sacré des œuvres. Autre exemple, j’aime bien laisser la pos­si­bilité au hasard d’inter­venir, comme cette photo que j’ai trouvée d’un ado­les­cent et que j’ai util­isée pour l’expo­si­tion à travers un trans­fert sur tissu.

SM. L’ado­les­cence d’ailleurs est aussi un fil con­duc­teur dans ton expo­si­tion, elle incarne cet état d’incer­ti­tude, un temps en devenir. C’est beau quand tu dis de tes pièces qu’elles sont une partie d’une chose qui n’existe pas encore.

CVO. Oui, l’ado­les­cence est un âge de la vie qui m’attire, c’est un moment tran­si­toire et j’ai eu envie de faire cette série de dessins en me met­tant moi-même dans la peau de quelqu’un d’autre, et peut-être d’un ado­les­cent. J’écoutais Fugazi quand j’avais 15-16 ans, et il y a eu ce doc­u­men­taire de Jem Cohen où on voit des ado­les­cents faisant la queue pour aller à un con­cert. Ce sont eux que j’ai dess­inés pour partie, mais c’est une série ouverte que j’aimerais bien pour­suivre. Plus qu’un résultat, je recher­chais à travers le dessin, un état.

SM. On peut ter­miner si tu veux sur la pièce Words with fire, qui syn­thé­tise il me semble assez bien cette asso­ci­a­tion du dessin, du lan­gage et aussi cet état de disponi­bilité des choses que tu évoques plus tôt.

CVO. Il s’agit d’une série de car­reaux de car­relage sur lesquels j’ai écrit avec de l’émail. A la cuisson, l’émail fond et les dif­férentes couches se mêlent les unes aux autres. Les phrases sont issues de morceaux de musique que j’écoute et que j’adresse ainsi au vis­i­teur. Comme ces énoncés peu­vent avoir plusieurs sens selon les con­textes, ils peu­vent ainsi ren­trer en dia­logue avec les pièces qui l’envi­ron­nent. A savoir aussi que le vis­i­teur, par la manip­u­la­tion des car­reaux présentés dans une caisse évoquant celle des dis­quaires, peut à son tour créer de nou­velles com­bi­naisons, autant d’inter­pré­ta­tions et de sig­ni­fi­ca­tions pos­si­bles des pièces présentes dans l’expo­si­tion.