« sans titre », 2017, technique mixte, Crédit photo Hippolyte Hentgen, Courtesy Semiose et Hippolyte Hentgen
« sans titre », 2017, technique mixte, Crédit photo Hippolyte Hentgen, Courtesy Semiose et Hippolyte Hentgen 
Marble Canyon
Hippolyte Hentgen
Marble Canyon - From 4 July to 1 September

Une invi­ta­tion de Solenn Morel
Commissariat : Karin Schlageter

Vernissage le jeudi 4 juillet 2019 à 18h en présence des artistes
Exposition du 5 juillet au 1er septembre 2019


Hippolyte Hentgen c’est comme un groupe de rock, un duo de filles. Il y aurait Gaëlle Hippolyte à la gui­tare et Lina Hentgen à la basse, et elles joueraient quelque chose qui son­nerait comme : Ziiiiiip ! She bam !!! Leur ren­contre date du début des années 2000 au Point FMR, où elles partageaient un ate­lier dans ce qui s’appar­ente à l’époque au QG des cul­tures alter­na­tives à Paris. C’est dans ce grand bain cul­turel où se pro­duit un joyeux mélange des genres - de la musique à la vidéo, au cinéma, à la danse et aux arts visuels - que leur duo se forme. Hippolyte Hentgen, le troisième artiste qui naît de l’asso­ci­a­tion de leurs noms de famille, émerge ainsi de ce Big Bang orig­inel à l’esthé­tique post-mod­erne où les influ­ences sont mises à plat sans soucis de hiérar­chie, et provi­en­nent tout autant de la cul­ture pop­u­laire que de la pré-sup­posée grande cul­ture. Dans leur pra­tique du dessin, il n’y a pas de créa­tion ex-nihilo, tout provient de quelque part, a une origine et y revient.

Avec Hippolyte Hentgen on passe à travers dif­férents états du dessin. C’est un dessin expansif, qui sort du cadre, se répand sur les murs, s’anime et même se développe en trois dimen­sions. On nav­igue de grands for­mats sur papier réal­isés au fusain et rehaussés de touches de couleurs jusqu’au dessin animé. Ici, la pel­licule est appréhendée non pas comme une suite de pho­togra­phies mais comme une matière aux qual­ités plas­tiques : les bobines de films d’ani­ma­tion his­toriques sont grat­tées, peintes et gri­bouil­lées à la manière des premiers films expéri­men­taux. Les dessins pren­nent aussi la forme de grands col­lages et assem­blages de tex­tiles, tantôt sus­pendus tels des ten­tures, tantôt répandus dans l’espace, jouant de l’archi­tec­ture, ou encore roulés sur eux-mêmes et san­glés pour devenir un volume, une sculp­ture en ronde-bosse.

Pour l’expo­si­tion Marble Canyon aux Capucins, Hippolyte Hentgen pour­suit son explo­ration de la cul­ture visuelle. On assiste à un métis­sage d’influ­ences et de cita­tions visuelles qui emprun­tent aux tous premiers comic strips du début du 20e siècle ou encore aux pein­tures et dessins de Christina Ramberg (1946-1995) représen­tant des coiffes de femmes vues de dos. Celles-ci font penser à des gravures du 19e siècle ambiance western, des coif­fures toutes en tresses, dont les lignes, les pleins et les déliés dessi­nent un infini paysage ondoyant et souple. Ces entrelacs de lignes de cheveux font écho aux vagues spec­tac­u­laires que les effets con­joints de l’eau et du vent creusent dans la roche orangée de Marble Canyon dans l’Arizona.

C’est juste­ment dans le dépouille­ment du désert améri­cain que se déroulent les aven­tures de Krazy Kat, un comic strip de Georges Herriman publié entre 1913 et 1944, que l’on découvre au cœur d’une série de ten­tures inti­t­ulée B_R_E_E_K. Un hom­mage tout en homo­phonie à la brique de la souris Ignatz Mouse, l’un des trois per­son­nages prin­ci­paux de cette bande-dess­inée. C’est une sorte d’acces­soire fétiche qu’Ignatz balade sou­vent avec lui, et qu’il lance volon­tiers à la tête du chat Krazy Kat - peut-être pour lui remettre les idées en place. Sur les grandes ten­tures de cette série, la brique est omniprésente, et éclipse les autres per­son­nages. Des Pow et autres Zip fleuris­sent çà-et-là sur ces col­lages de tissus. Le babil­lage et les ono­matopées pro­duisent une ryth­mique interne à la com­po­si­tion, elles la ponctuent et déton­nent par­fois. Un peu comme ça : KABOOM !

Karin Schlageter


Le MAMAC de Nice leur con­sacre l’expo­si­tion Le bikini invis­ible du 17 mai au 10 novembre 2019